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Bureau d'Études MOLINET 07/09/2010 21:19 Visiteurs: 23894
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La problématique Energie - Environnement

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Les enjeux énergétiques

Le développement d'une société se traduit par la satisfaction croissante d'un certain nombre de besoins (alimentation, logement, déplacements, santé, éducation, qualité de l'environnement, etc.), qui, pour la plupart, nécessitent une consommation d'énergie, soit par utilisation directe pour certains usages, soit pour permettre la production des biens et des services nécessaires à cette satisfaction : agriculture, élevage, pêche, préparation, conservation et cuisson des aliments; construction des bâtiments, éclairage, chauffage ou climatisation des habitations, des bureaux, des commerces, des ateliers, etc.; construction des infrastructures et des systèmes de transport; production et transformation des matières premières; fabrications d'équipements et d'appareils; etc.. L'utilisation de l'énergie est ainsi un facteur indispensable du développement économique et social, qui contribue à l'amélioration des conditions de vie par l'accroissement du confort, des facilités de déplacement, de la qualité du travail, etc..

 

 

 

Consommation d'énergie et développement économique

 

 

La civilisation industrielle s'est bâtie, entre autres éléments, sur l'utilisation croissante et massive de l'énergie, et jusqu'à un passé récent, les contraintes économiques ou, dans certains cas, les difficultés d'accès aux ressources énergétiques (contraintes géographiques ou politiques), ont été les seules à limiter la croissance de la production et de la consommation d'énergie. Le développement du secteur énergétique avait pour but de fournir toujours plus d'énergie, pour répondre à une demande dont la croissance ne pouvait être qu'illimitée, comme celle des besoins présumés des populations et de leurs activités économiques, au point qu'aujourd'hui, dans certains pays, les dégâts et les risques liés à l'augmentation de la production et de la consommation d'énergie dépassent les avantages que l'on peut en retirer.

 

Longtemps la consommation d'énergie des pays industrialisés a augmenté dans les mêmes proportions que le Produit Intérieur Brut. Si des inquiétudes ont été formulées dès la fin du siècle dernier, quant au prochain épuisement des gisements de charbon, puis sur l'épuisement des réserves de pétrole et de gaz, il a fallu attendre 1974, au lendemain du premier choc pétrolier, pour que les pays industrialisés prennent conscience de leur vulnérabilité en matière d'énergie et mettent en place des politiques volontaristes de maîtrise de l'énergie, qui ont contribué à un "découplage", le développement s'opérant alors sans une augmentation proportionnelle de la consommation d'énergie.

 

Ainsi, de 1960 à 1979, c'est-à-dire jusqu'au second choc pétrolier, la croissance des consommations d'énergie a suivi étroitement celle de l'activité économique mondiale, au point que cette corrélation apparaissait pour certains comme l'expression d'une loi mathématique. C'est à partir de 1980 que les effets des politiques engagées en 1974 ont commencé à être effectifs : de 1980 à 1998, la consommation énergétique primaire n'a augmenté que de 1,6 % par an en moyenne, alors que le PIB a progressé de 2,7 % sur la même période. Ce découplage s'est même accentué depuis 1986 (2,8 % pour le PIB en moyenne, contre 1,5 % pour la consommation d'énergie), bien que cette évolution résulte en partie de la crise que traversent les pays de l'ancien bloc socialiste, alors que la consommation de nombreux pays industrialisés, dont la France, a de nouveau tendance à suivre l'évolution du PIB du fait, notamment, de la faiblesse continue des prix des énergies fossiles et des moindres efforts qui en résultent en matière de maîtrise de l'énergie.

 

Si les pays industrialisés les plus avancés ont su répondre provisoirement à la "crise énergétique", les pays les plus touchés ont été les plus pauvres qui dépensent souvent l'essentiel de leurs ressources pour importer des produits énergétiques et sont impuissants face aux fluctuations des prix internationaux qui peuvent déséquilibrer leurs économies extrêmement fragiles.

 

Malgré un ralentissement très net de la croissance de la consommation d'énergie dans les pays industrialisés occidentaux depuis les années 70 et, dans les pays d'Europe centrale et orientale, du fait de leur situation économique depuis 1990, la poursuite des tendances actuelles conduirait à un doublement de la consommation d'énergie de l'ensemble des pays de la planète d'ici à quelques décennies.

 

http://www.enerdata.com

 

http://www.worldenergy.org/wec-geis

 

 

 

Le développement durable

 

 

Un concept récent

 

Les rapports entre l'environnement et la croissance économique ont fait l'objet d'une première vague de réflexions et de débats à la fin des années 1960 et au début des années 1970. A la thématique des "limites de la croissance" (une croissance exponentielle n'est pas possible dans un monde à ressources finies), a répondu l'affirmation d'une direction générale : chercher à harmoniser la préservation de l'environnement et une croissance économique indispensable au développement économique et social, en particulier pour les pays en développement.

 

Renforcées par l'accumulation et l'ampleur de divers accidents technologiques et écologiques des années 1970 et 1980, et par les menaces globales que constituent le changement climatique, la déforestation, les pluies acides, etc., ces réflexions se sont traduites au début des années 1980 par la formulation du concept de "développement durable" qui a connu depuis un retentissement international et fait l'objet d'un nombre considérable d'analyses. Pour définir son contenu, plusieurs approches ont été proposées, notamment :

 

·     une première approche, issue de l'économie et de la gestion des ressources renouvelables (piscicoles, forestières), mettant l'accent sur le fait que les prélèvements sur le stock des ressources ne doivent pas être supérieurs à la croissance naturelle de la ressource, et débouchant sur l'idée que l'exploitation au sens durable du terme requiert au minimum le maintien dans le temps d'un stock constant;

 

·     une seconde approche, centrée sur la satisfaction des besoins humains, considérant le développement durable comme "celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins";

 

·     une troisième approche interprétant cette définition en insistant sur la non-décroissance, de génération en génération, du revenu par tête (toutes composantes confondues) ou du stock de capital total (naturel et artificiel) transmis d'une génération à l'autre. Dans ce dernier cas, le capital naturel n'est plus séparé du capital productif, et on adopte une hypothèse sur le potentiel de substitution entre les différentes composantes du capital comme entre les différentes composantes du bien-être;

 

·     une quatrième approche, enfin, non exclusive des précédentes, estimant que la question de l'équité intergénérationnelle n'a guère de sens tant que les modes de croissance à l'œuvre n'assurent pas l'accès au développement de l'ensemble des populations actuelles.

 

 

Les enjeux du développement durable

 

Quant aux défis qui, en matière d'énergie, doivent être relevés dans l'optique d'un développement durable, ils peuvent être résumés de la manière suivante :

 

·     favoriser la croissance équilibrée des pays aujourd'hui les moins développés; la mondialisation va-t-elle accentuer les inégalités et les risques de conflits ou permettra-t-elle au contraire de les réduire ?

 

·     réduire le contenu en énergie de cette croissance économique, qui dépendra des modèles de consommation, des choix technologiques et de la manière dont auront été anticipées les contraintes du long terme;

 

·     assurer la disponibilité sur le marché d'une offre suffisante, en particulier pour les énergies fossiles;

 

·     maîtriser l'ensemble des impacts liés à la production et à l'utilisation de l'énergie, et, en particulier, le risque d'épuisement ou de raréfaction des énergies fossiles, le risque de réchauffement du climat associé à leur usage intensif, le double risque du nucléaire, civil et militaire (accidents, transport et stockage des déchets, risques de prolifération), les risques enfin de concurrence d'usage des sols qu'entraînerait un usage trop intense des terres cultivables à des fins de production d'énergie.

 

 

 

L'efficacité énergétique

 

 

Pour un même usage ou un même service rendu et, plus généralement, pour un même développement, on peut consommer des quantités d'énergie bien inférieures à celles utilisées aujourd'hui, avec un coût total également inférieur.

 

Ainsi, on peut satisfaire certaines des exigences d'un développement durable, en réduisant autant que possible les atteintes à l'environnement et les coûts économiques et sociaux liés à la production et à la consommation d'énergie.

 

C'est ce que l'on appelle l'efficacité énergétique.

 

Elle vise l'obtention du meilleur rendement énergétique par le choix des sources d'énergie, par le recours aux technologies les plus appropriées, par le choix des équipements et des procédés les plus performants, par des mesures de sensibilisation, notamment auprès du consommateur, de manière à influencer son comportement et à lui permettre de faire les meilleurs choix, etc. :

 

·     un bâtiment d'habitation, de commerce, de bureaux, d'activités industrielles ou artisanales, s'il est bien conçu et bien construit (orientation, apports solaires, ouvertures, isolation des parois), consomme pour les besoins de chauffage, de rafraîchissement et de ventilation, beaucoup moins d'apports extérieurs d'énergie qu'un bâtiment ordinaire. Sous certains climats, tout apport extérieur d'énergie peut être évité;

 

·     pour un même niveau d'éclairage, une ampoule fluo-compacte consomme jusqu'à cinq fois moins d'électricité qu'une ampoule à incandescence; la diffusion des meilleurs appareils électroménagers (la consommation des réfrigérateurs est la plus importante) déjà disponibles sur le marché permettrait d'économiser près de 40 % de la consommation d'électricité par rapport à la situation actuelle;

 

·     à niveau de production égal, des améliorations ou des changements de procédés industriels permettent des gains qui atteignent, dans la plupart des filières, 30 à 50 % de l'énergie consommée;

 

·     les transports collectifs urbains, surtout les tramways et les métros, consomment beaucoup moins d'énergie, polluent beaucoup moins et connaissent beaucoup moins d'accidents que les voitures particulières; il en est de même pour le train par rapport aux camions pour les transports de marchandises.

 

L'efficacité énergétique est un facteur de développement économique car l'expérience prouve que, dans de très nombreuses circonstances, il est moins cher d'économiser une certaine quantité d'énergie, ou d'éviter de la consommer, que de la produire. Cela signifie que des ressources financières qui auraient été consacrées à la production d'énergie (par exemple la construction de centrales électriques) ou à l'importation d'énergie (ce qui nécessite des devises fortes) pourraient être consacrées à d'autres activités, permettant l'amélioration du niveau de vie, du confort, de la qualité de vie : construction de logements, développement des transports collectifs, construction d'hôpitaux, etc. L'amélioration qualitative du contenu de la croissance est bien évidemment liée aux choix de développement.

 

Au-delà de cet effet global de transfert de moyens financiers à des activités plus intéressantes ou plus profitables et répondant mieux aux besoins de la population, les effets directs de l'efficacité énergétique sur l'activité productive sont considérables : amélioration de la productivité et de la compétitivité de l'industrie; développement d'une industrie d'équipements performants et efficaces, ce qui représente aussi un intérêt pour les marchés d'exportation.

 

Dans un monde où les préoccupations liées à l'emploi sont croissantes, la mise en œuvre de programmes d'efficacité énergétique procure de nouvelles activités et aide à la création d'emplois dont la caractéristique la plus intéressante est leur dispersion dans tous les secteurs d'activité et dans toutes les zones géographiques.

 

Les conséquences favorables sur l'environnement sont encore plus faciles à comprendre : l'énergie qui pollue le moins est celle qui n'est ni consommée ni produite. Chaque fois que, pour un usage donné, on diminue la consommation d'énergie (isolation des logements, amélioration du rendement des moteurs, etc.), automatiquement et proportionnellement, les quantités de polluants sont diminuées.

 

Les actions pour l'efficacité énergétique sont les actions les moins chères pour l'amélioration de l'environnement puisqu'elles sont économiquement rentables par elles-mêmes du fait des gains d'énergie qu'elles engendrent, et que l'amélioration de l'environnement ainsi obtenue est par conséquent à coût nul (par comparaison avec des actions de dépollution par exemple).

 

Pour cette raison, toute politique de développement durable doit accorder une attention toute particulière aux actions d'efficacité énergétique.

 

Avantages liés à la pénétration de l'efficacité énergétique

 

Economiques

Réduction de la consommation

Réduction de la facture énergétique

Rationalisation des ressources

Economie sur les soins de santé

Réduction des dépenses en capital (moins d'infrastructures)

Réduction des coûts d'entretien

Amélioration de la rentabilité des services publics

Développement des activités liées à la gestion de la demande

Consolidation d'une industrie

Maintien du développement économique

Environnementaux

Respect de l'intégrité des écosystèmes

Diminution des pressions sur le territoire et l'environnement

Amélioration de la qualité de l'air

Réduction des émissions de gaz à effet de serre

Sociaux

Autonomie énergétique accrue

Acceptabilité auprès des collectivités

Actions basées sur des mesures volontaires

Respect des libertés individuelles

Préservation du patrimoine au profit des générations actuelles et futures

Engagement durable pour des solutions comportementales

Solution durable pour les mesures technologiques et les sources d'énergie renouvelable

 

Une stratégie d'efficacité énergétique n'est pas un ajustement des politiques de l'énergie, mais une nouvelle conception de la politique économique qui prend en compte les coûts de la dégradation de l'environnement et se donne pour objectif la réduction des risques et la mise en œuvre d'économies nationales et internationales plus saines. Les stratégies nationales d'efficacité énergétique doivent être partie intégrante de stratégies économiques pour un environnement sain et un développement durable. Aujourd'hui, l'économie et l'environnement sont des préoccupations globales. Une stratégie nationale d'efficacité énergétique ne sera pleinement efficace que si elle souscrit aux principes suivants :

 

·     reconnaissance de l'interaction étroite des économies et de l'environnement sur un plan régional et mondial;

 

·     nécessité d'améliorer l'environnement et la qualité de la vie, à la fois dans les pays en développement et dans les pays industrialisés;

 

·     nécessité de faire participer les consommateurs dès le début du processus d'élaboration des politiques, car leur soutien et leur participation sont indispensables pour la mise en œuvre et le succès de ces politiques.

 

Dans ce contexte, les politiques économiques et énergétiques de chaque pays et de chaque région doivent être diversifiées et adaptées aux besoins, aux ressources et aux conditions environnementales régionales et locales.

 

La coopération internationale dans le domaine de l'efficacité énergétique doit être renforcée et dotée de moyens puissants et efficaces à partir des activités existantes des organisations régionales et internationales, des banques de développement, des institutions de coopération bilatérale, etc.

 

 

L'intensité énergétique

 

Pour comparer très globalement les situations énergétiques de différents pays en relation avec leur situation économique, outre la consommation d'énergie par habitant, on utilise "l'intensité énergétique", c'est-à-dire le rapport de la consommation d'énergie au PIB, qui caractérise le degré de "sobriété énergétique" d'un pays ou d'un mode de développement : il mesure la quantité d'énergie consommée pour un même niveau de confort ou de production.

 

L'intensité énergétique dépend bien évidemment de facteurs comme le climat (plus il fait froid, plus on consomme d'énergie pour se chauffer, à niveau économique égal) et de la structure de l'économie : si un pays a beaucoup d'industries lourdes, fortes consommatrices d'énergie, son intensité énergétique sera plus élevée. Mais le facteur essentiel est l'efficacité avec laquelle l'énergie est produite et consommée : très schématiquement, plus l'intensité énergétique est basse, plus l'efficacité est grande.

 

La comparaison la plus frappante est entre les pays de l'OCDE et ceux de l'ex-URSS : l'intensité énergétique valait, en 1998, 0,23 pour les premiers et 0,96 pour les seconds.

 

L''intensité énergétique des pays de l'OCDE a régulièrement baissé : de 0,32 en 1980 à 0,26 en 1990 et 0,23 en 1998. Cette baisse est due, d'une part à des transformations structurelles (moins d'industrie lourde et moins d'industrie dans le PIB) et d'autre part à l'accroissement de l'efficacité de la consommation d'énergie.

 

On a estimé que sur la période 1975-1986, les efforts d'efficacité énergétique au niveau de la consommation ont représenté une économie de 900 millions de tep sur l'année 1986, soit à peu près la production annuelle de l'OPEP à l'époque.

 

 

Le cas des pays en développement

 

L'analyse historique montre que tous les pays industrialisés ont vu leur intensité énergétique croître dans la première phase de leur industrialisation, puis se stabiliser avant de décroître. Cette stabilisation est atteinte à des niveaux d'intensité de plus en plus faibles au cours des temps, du fait de l'amélioration permanente des technologies de consommation sur lesquelles repose le développement.

 

La question aujourd'hui posée est de savoir si les pays en développement vont suivre cette même voie, ou, au contraire, adopter des trajectoires de développement très différentes du point de vue de leurs consommations énergétiques.

 

Le terme "pays en développement" recouvre bien évidemment des réalités très différentes, des systèmes économiques et politiques contrastés, des taux de croissance économique très variables. Il n'en reste pas moins qu'à part quelques pays, surtout en Asie du Sud-est, dont les consommations d'énergie ont fortement augmenté dans la dernière décennie et se situent aujourd'hui autour de la moyenne mondiale (1,5 tep par habitant et par an, encore bien loin des pays industrialisés), les autres pays en développement et notamment plus peuplés (Chine, Inde) ont des consommations d'énergie par habitant très faibles. Il est donc certain que le développement de ces pays s'accompagnera d'une augmentation de la consommation d'énergie.

 

Cette faiblesse générale de la consommation d'énergie explique que, dans la plupart des pays en développement, la première réaction à la notion d'utilisation rationnelle de l'énergie et encore plus aux "économies d'énergie" a été une réaction de défiance, voire de rejet. Ces pays considérant que leur priorité est d'augmenter leur consommation d'énergie avant de songer à l'économiser.

 

Il ne s'agit pas, pour les pays en développement, de diminuer globalement leur consommation d'énergie, comme doivent le faire les pays industrialisés, mais de réussir leur développement économique et social avec une consommation d'énergie bien moindre que celle qu'ont connu les pays industrialisés dans le passé, grâce à l'application d'une stratégie d'efficacité énergétique. Cela leur permettra de consacrer plus de ressources financières et humaines aux autres composantes de leur développement économique.

 

Une stratégie active d'efficacité énergétique, intégrée au processus de développement, permettra d'augmenter le niveau de vie et sa qualité, ainsi que la production de biens et de services sans que la consommation d'énergie augmente dans les mêmes proportions. Corrélativement, la qualité de l'environnement sera mieux sauvegardée.

 

Malgré le faible niveau de la consommation totale d'énergie, la plupart de ces pays connaissent une situation très contrastée : dans les centres urbains et les installations industrielles, l'énergie est en général mal utilisée et souvent gaspillée; dans les zones rurales et périurbaines, les consommations d'énergie sont extrêmement faibles et l'utilisation du bois ou du charbon de bois, dans des conditions de faible rendement de transformation et d'utilisation, conduit à des conséquences dramatiques pour l'environnement.

 

Dans les centres urbains, les populations riches ont acquis des habitudes de consommation d'énergie identiques à celles des pays industrialisés, et même souvent plus gaspilleuses. La faiblesse des infrastructures de transports collectifs et de trains laisse le champ libre aux automobiles et aux camions très consommateurs d'énergie et très polluants. Les industries sont souvent peu efficaces et polluantes. Dans ces zones et ces installations, le potentiel d'économies d'énergie est considérable : il n'est pas rare de constater des économies de 30 à 50 % réalisées dans l'industrie.

 

En zones rurales et périurbaines, des centaines de millions de personnes manquent du "minimum vital" d'énergie : en dégageant des moyens grâce aux économies réalisées sur les usages mal maîtrisés des zones urbaines et industrielles, il est possible de leur procurer ce minimum, en particulier par l'utilisation de systèmes de production d'énergie décentralisés, associés à des appareils et à des équipements faibles consommateurs d'énergie.

 

Du fait notamment d'une forte croissance de la population, nombre de ces pays connaissent un développement rapide des parcs dans des secteurs comme le logement, les transports, les services. Il existe donc, dans les pays en développement, un potentiel considérable d'utilisation rationnelle de l'énergie, dans les usines, dans les bâtiments, dans le développement de systèmes nouveaux de transport : exploiter ce potentiel au départ, est beaucoup moins cher que d'avoir à le "récupérer" quelques années plus tard. C'est dire qu'une stratégie de maîtrise des consommations d'énergie est plus importante encore pour le bon équilibre économique d'un pays en développement que pour celui des pays industrialisés occidentaux, d'une part parce que le potentiel d'efficacité énergétique est considérable du fait de la croissance des infrastructures et des équipements de base, d'autre part parce qu'en général les dépenses en investissements et en devises liées à l'approvisionnement énergétique y sont plus élevées par rapport au revenu total.

 

L'exemple des pays occidentaux industrialisés est intéressant pour connaître les méthodes et les techniques qu'ils ont appliquées avec succès, ainsi que leurs échecs. Mais il est bien des domaines où les pays en développement peuvent mettre en œuvre des solutions originales, adaptées à leur situation, ce qui implique de leur part un effort d'innovation qui dépasse le transfert de technologie. Par ailleurs, dans bien des cas, ces pays peuvent "sauter les étapes" et introduire certaines méthodes et techniques beaucoup plus rapidement que ne l'ont fait ou ne le font les pays industrialisés : ampoules à basse consommation, chauffe-eau solaires, architecture bioclimatique, réfrigérateurs performants, micro-ordinateurs économes, etc..

 

Plusieurs études prospectives ont montré que, si les pays en développement pouvaient utiliser les techniques aujourd'hui les plus performantes (techniquement et économiquement), leur consommation d'énergie pourrait être bien inférieure à celle des pays européens occidentaux pour un même niveau de développement économique, mais l'analyse du passé récent prouve que rien n'est joué. Dans un contexte de très bas prix de l'énergie qui contraste avec la période précédente (1973-1985), alors que certains pays, parmi les plus avancés des pays en développement, comme la Corée du Sud, la Thaïlande ou le Brésil, voient leurs intensités énergétiques augmenter à un rythme soutenu depuis le contre-choc pétrolier (respectivement 1,6 %, 2,5 % et 1,5 % par an), d'autres comme l'Inde ou le Mexique connaissent des croissances d'intensité énergétique beaucoup plus modestes (0,6 % et 0,4 %). La Chine quant à elle, si l'on en croit les statistiques dont on dispose aujourd'hui, voit diminuer très vite son intensité énergétique depuis 1985, à un rythme de 3,5 % par an. S'il faut interpréter avec prudence ces statistiques (elles ne sont pas totalement fiables, et la mesure de la richesse des pays en développement est peu précise du fait, notamment, de l'importance de l'économie informelle), on constate toutefois que les différents pays en développement semblent s'orienter sur des trajectoires assez divergentes depuis une dizaine d'années.

 

Evolution de l'intensité énergétique de quelques pays depuis 1973

 

 

1973

1975

1980

1985

1990

1995

1996

1997

France

0,26

0,23

0,23

0,23

0,22

0,22

0,22

0,21

Canada

0,50

0,49

0,47

0,41

0,39

0,39

0,40

0,39

Etats-Unis

0,46

0,45

0,42

0,36

0,34

0,32

0,32

0,31

Brésil

0,11

0,11

0,11

0,11

0,12

0,13

0,13

0,14

Mexique

0,14

0,15

0,18

0,19

0,20

0,20

0,20

0,21

Corée du Sud

0,24

0,23

0,28

0,24

0,26

0,30

0,30

0,31

Japon

0,27

0,25

0,23

0,20

0,19

0,20

0,20

0,20

Malaisie

0,13

0,15

0,16

0,21

0,22

0,20

0,21

0,20

Thaïlande

0,12

0,10

0,10

0,10

0,12

0,13

0,14

0,15

Chine

0,46

0,50

0,48

0,37

0,33

0,24

0,23

0,21

Inde

0,17

0,17

0,18

0,19

0,20

0,22

0,22

0,22

Australie

0,31

0,32

0,33

0,29

0,30

0,29

0,29

0,29

Source : ENERDATA

 

Devant ces évolutions récentes contrastées, des prospectives fiables sont impossibles. L'exemple de la Chine semble pourtant bien montrer que, même dans une période de bas prix internationaux de l'énergie, certains pays en développement et non des moindres sont amenés à se préoccuper très fortement de la maîtrise de la croissance de consommation d'énergie qu'entraîne leur très forte croissance économique. Les problèmes d'accès au capital, de balance commerciale pour certains, et de pollution locale en sont très probablement les moteurs importants.

 

En matière de risques environnementaux liés à l'énergie, la perception est évidemment différente pour les pays industrialisés, les pays émergents et les pays en développement. Si tous ont en commun une sensibilité qui s'accroît constamment à ces problèmes, l'importance qui leur est accordée dépend beaucoup de l'état de développement de chaque pays, de ses conditions climatiques, de la concentration de sa population, etc. Dans les pays les plus riches, les problèmes d'environnement sont souvent considérés comme une conséquence inéluctable mais réparable du progrès, dont l'économie peut s'emparer sans difficulté. C'est ce qu'on constate depuis une quinzaine d'années dans les pays de l'OCDE où l'activité environnementale apparaît comme un élément rapidement croissant de la constitution du produit intérieur brut du pays. Mais cette activité reste majoritairement axée sur la gestion et le traitement des déchets, des rejets, des pollutions, et non pas sur la prévention (valorisation et utilisation rationnelle des ressources, etc.). Celle-ci n'est apparue que récemment comme un enjeu majeur, notamment du fait du développement, depuis une vingtaine d'années, d'une série de risques de nature globale, pour lesquels, dans le domaine de l'énergie, aucune solution technologique satisfaisante n'était immédiatement disponible (élimination du surplus de gaz à effet de serre dans l'atmosphère; élimination des déchets radioactifs à longue durée de vie, dont le stockage apparaît comme un risque important pour les générations futures; etc.). On a donc vu émerger peu à peu dans les pays industrialisés une culture de la "précaution", comme dans d'autres domaines, la santé ou l'agriculture par exemple.

 

Dans les pays en développement par contre, les problèmes d'environnement local, mais aussi global, apparaissent d'abord comme des obstacles sur le chemin du développement. La désertification, le réchauffement du climat, la montée des océans, les pollutions urbaines des grandes villes du tiers-monde, constituent autant d'éléments qui, loin de créer dans les pays en développement une nouvelle activité économique, sont plutôt des entraves claires au développement humain et à l'activité économique.

 

 

 

Le choix des sources énergétiques

 

 

Une filière énergétique est le trajet qui va du besoin socio-économique de développement dont la satisfaction requiert une certaine consommation d'énergie, à la ressource énergétique de base permettant de procurer cette énergie à l'usager.

 

Les différentes étapes du passage du besoin de développement aux ressources énergétiques disponibles dans la nature, et d'où sont tirés les produits énergétiques utilisés par les consommateurs, sont les suivantes :

 

·     A chaque besoin socio-économique peuvent correspondre plusieurs filières énergétiques, ou trajets entre le besoin et la ressource. Chaque filière est caractérisée par une certaine demande d'énergie, des équipements ou appareils d'utilisation, un produit énergétique, les quantités d'énergie nécessaire, etc.;

 

·     Les choix à opérer entre les différentes sources d'énergie primaire pour assurer ces différents besoins dépendent de nombreux facteurs : disponibilités locales, coûts de mise à disposition (liés eux-mêmes aux conditions économiques de production, de transformation et de transport et aux évolutions des marchés internationaux), adéquation aux types d'énergie finale et d'énergie utile requis, sécurité d'approvisionnement (liée, entre autres, au contexte géopolitique mondial), etc..

 

Les étapes des filières énergétiques

 

1. LES BESOINS SOCIO-ECONOMIQUES DU DEVELOPPEMENT

· Habitat et lieux de travail confortables

· Alimentation, habillement, éducation, activités socioculturelles

· Communications, déplacements aisés et sûrs

· Production de biens et de services

2. LES SERVICES REQUERANT DE L'ENERGIE

· Chauffage ou rafraîchissement, eau chaude, cuisson des aliments

· Eclairage, appareils ménagers, bureautique, audiovisuel

· Transport des personnes et des marchandises, télécommunications

· Industrie, mines, agriculture, pêche

3. FORME D'ENERGIE DIRECTEMENT UTILISÉE (ENERGIE UTILE)

· Chaleur, froid

· Force motrice fixe ou mobile

· Lumière

· Energie électromagnétique

· Energie chimique

4. EQUIPEMENTS ET APPAREILS ENERGETIQUES DE L'USAGER

· Chaudières, fours, cuisinières

· Lampes, appareils ménagers et audiovisuels, appareils électroniques, ordinateurs

· Moteurs

· Procédés industriels

5. PRODUITS ENERGÉTIQUES UTILISÉS PAR L'USAGER (ENERGIE FINALE)

· Combustibles et carburants solides, liquides ou gazeux

· Chaleur de réseau

· Electricité

6. TRANSFORMATION ET TRANSPORT DE L'ENERGIE

· Centrales de production de chaleur, centrales électriques (ou mixtes chaleur-électricité : cogénération)

· Raffineries de pétrole, usines de liquéfaction du gaz naturel, installation de fabrication du charbon de bois, installation de synthèse de l'hydrogène

· Oléoducs, gazoducs, navires pétroliers et méthaniers, barges, trains, camions

· Lignes électriques

7. LES SOURCES ÉNERGÉTIQUES DISPONIBLES DANS LA NATURE (ENERGIE PRIMAIRE)

· Sources fossiles : charbon et lignite, pétrole, gaz naturel

· Sources renouvelables : hydraulique, éolien, solaire (thermique ou photovoltaïque), géothermie, biomasse

· Sources fissiles (énergie nucléaire) : uranium

Source : ICE

 

 

La production industrielle

 

Dans les pays développés, l'industrie absorbe entre 25 et 40 % de la consommation finale d'énergie. Un tiers environ de cette consommation est le fait d'industries de bien d'équipements ou de biens de consommation pour lesquelles les achats d'énergie ne constituent pas un poste important : de 1 à 2 % du chiffre d'affaires hors taxes. Hormis les usages mécaniques et électroniques réservés à l'électricité, les choix sont donc très ouverts. Ils dépendent peu des prix des énergies, mais de leur facilité d'utilisation, de la rapidité de mise en marche des installations, etc.. La situation est différente pour les deux autres tiers de la consommation industrielle. Elle est le fait des industries de biens intermédiaires (minerais, métaux ferreux et non ferreux, matériaux de construction, chimie de base, etc.), pour lesquelles les achats annuels d'énergie peuvent représenter jusqu'à 20 % des chiffres d'affaires hors taxes.

 

Sauf lorsqu'elles ne peuvent utiliser qu'une seule source d'énergie, ces industries tirent le plus grand parti possible du potentiel de substitution entre sources d'énergie. En très peu de temps, après le premier choc pétrolier, l'industrie du ciment a totalement abandonné les produits pétroliers au profit du charbon-vapeur dont le prix était devenu inférieur de moitié, et ce malgré les coûts importants de ce changement et des délais relativement longs de mise en œuvre.

 

Depuis, la volatilité des prix et l'incertitude qui en découle pour les industries grosses consommatrices d'énergie ont entraîné le développement de la poly-énergie, qui a consisté, dans un premier temps, à doubler les installations au fioul lourd par d'autres, alimentées soit au charbon, soit au gaz naturel, puis à mettre au point des équipements bi ou multi-combustibles.

 

Au-delà des réductions de coût tirées de la substitution et de la concurrence entre sources d'énergie, les industries grosses consommatrices d'énergie cherchent, par ailleurs, à tirer parti des changements techniques qui diminuent le contenu énergétique de leurs produits.

 

 

Le Résidentiel et Tertiaire

 

Les consommations d'énergie de ce secteur sont de deux ordres.

 

Les usages spécifiques de l'électricité, qui caractérisent les besoins ne pouvant être satisfaits que par l'électricité (éclairage, alimentation des appareils électroménagers, des équipements informatiques, etc.), pour lesquels, par définition, la question du choix ne se pose pas.

 

Les usages thermiques ouverts à toutes les sources d'énergie. Pour ceux-ci, les choix dépendent essentiellement :

 

·     de l'éventuelle présence de ressources locales (pétrole, gaz, charbon, etc.), naturellement appelées à être valorisées par les politiques énergétiques locales;

 

·     des coûts des énergies : le renchérissement du pétrole dans les années 1970 s'est traduit par une importante substitution du gaz au pétrole pour les chauffages individuels et collectifs; le nouveau renchérissement du pétrole en 2005 conduit beaucoup de particuliers à se documenter et à s’orienter vers d’autres sources que les produits pétroliers (solaire, bois, pompes à chaleur géothermiques, biocarburants etc.);

 

·     des politiques nationales d'indépendance énergétique : dans le cadre de son programme nucléaire, la France a massivement favorisé le développement du chauffage électrique.

 

 

Les transports

 

Dans la plupart des pays développés, le secteur des transports absorbe entre 25 % et 40 % de la consommation finale d'énergie. Cette consommation est plus simple à analyser que celle des autres secteurs, les transports ne faisant encore aujourd'hui pratiquement appel qu'à une seule source d'énergie : les carburants pétroliers, qui assurent au niveau mondial 98 % des besoins.

 

En règle générale, seuls les chemins de fer, les tramways et les métros peuvent aujourd'hui échapper aux combustibles et être alimentés par de l'électricité; mais cette dernière est en partie produite à partir de combustibles dans des centrales, dans des proportions variant selon les pays.

 

En termes économiques, ce secteur constitue pratiquement un marché captif pour l'industrie pétrolière. Les alternatives, dans les transports routiers commencent à se développer (gaz naturel, biocarburants, électricité, hydrogène, etc.), mais ne semblent pas pouvoir occuper une place significative dans un avenir proche.

 

Les choix des sources d'énergie dans ce secteur se situent en amont de l'utilisateur final, c'est-à-dire au niveau des politiques énergétiques nationales qui peuvent intervenir pour développer :

 

·     les transports collectifs urbains et interurbains;

 

·     les nouveaux carburants et nouvelles technologies.

 

 

 

Quel avenir énergétique

 

 

Prospective énergétique et méthode des scénarios

 

La prospective, outil de la prise de décision

 

Pour expliciter les voies nouvelles du développement, hiérarchiser les enjeux, orienter la réflexion et l'action, la prospective constitue un outil précieux. Elle consiste à "explorer le futur" à partir de la connaissance et de l'analyse du présent, des tendances lourdes et des inerties des systèmes économiques, politiques et sociaux et d'examiner les évolutions possibles de ces systèmes en fonction des décisions qui pourront être prises et des actions mises en œuvre.

 

Il ne s'agit pas de prévoir un futur sur lequel il n'y aurait pas de prise, mais d'examiner les conditions dans lesquelles un "futur souhaitable" aurait des chances d'être construit : on peut parler de prospective active.

 

La prospective énergétique a longtemps été l'apanage des firmes énergétiques qui en avaient besoin pour élaborer leurs stratégies d'entreprise. Celles-ci visant à l'extension des marchés et à la maximisation des profits, les résultats de ces études se limitaient bien souvent à une vision expansionniste de court et moyen terme au bénéfice de l'entreprise concernée, sans prise en compte des besoins réels des usagers, ni des conséquences économiques et environnementales à long terme pour la collectivité.

 

La prise de conscience de la limitation des ressources énergétiques et, depuis les années 80, du caractère global des atteintes à l'environnement ainsi que la mondialisation croissante des marchés énergétiques, sont venus renforcer la nécessité d'une réflexion prospective globale. La réflexion doit s’étendre à l'ensemble des pays de la planète, envisager un avenir suffisamment lointain (de l'ordre du demi-siècle), partir des besoins et des intérêts des usagers et des collectivités et non plus seulement des producteurs, enfin être capable de prendre en compte les différences de situations considérables qui existent, à la fois dans le temps et dans l'espace.

 

Contrairement à la prévision, qui cherche à imposer le futur et qui le plus souvent masque sous des apparences rationnelles des volontés hégémoniques d'entreprises ou de pays, la prospective ne prétend pas nous dire ce que sera le futur; au contraire, elle explore les différents futurs possibles et cherche à éclairer les conséquences pour demain des décisions et des choix d'aujourd'hui : c'est un outil de la réflexion, du débat et de la prise de décision.

 

La méthode des scénarios

 

La prospective énergétique commence par une exploration de la demande future d'énergie, en fonction de "scénarios" décrivant l'évolution sociale et économique jusqu'à l'horizon temporel que l'on s'est fixé et pour l'ensemble que l'on désire étudier : grandes régions ou groupes de pays pour une prospective mondiale, pays pour une prospective nationale, ville ou région pour une prospective locale.

 

Un scénario est constitué d'un ensemble cohérent d'hypothèses sur l'évolution, pour la société étudiée, des données sur son état et sur ses activités qui sont importantes au regard de la consommation d'énergie : ce que l'on appelle les "déterminants de la demande". Ces déterminants sont la population et sa structure (croissance démographique, nombre de ménages, etc.); sa répartition entre milieu urbain et milieu rural; le nombre et les caractéristiques des bâtiments de logement et d'activités économiques (secteur tertiaire essentiellement); les niveaux et les branches des activités industrielles et agricoles; les transports et leurs caractéristiques : parc automobile, répartition entre modes des transports de passagers et de marchandises, etc.

 

On peut évidemment construire un très grand nombre de scénarii, sans d'ailleurs pouvoir prétendre à l'exhaustivité d'un tel exercice. Ce qui est intéressant, c’est d'étudier un petit nombre de scénarii mettant en évidence des besoins énergétiques nettement différenciés du fait d'évolutions socio-économiques contrastées.

 

La difficulté essentielle de cet exercice réside dans la cohérence d'ensemble de chaque scénario (pour ne prendre qu'un exemple simple : si on prévoit une forte activité du secteur du bâtiment, il faut prévoir la production de ciment qui lui correspond).

 

La limite de l'exercice est évidente : malgré les efforts de rigueur et d'imagination des "scénaristes", on ne peut évidemment pas envisager l'ensemble des possibles, en particulier parce que les situations de crise qui peuvent bouleverser les civilisations ne sont pas facilement descriptibles. Il s'agit donc plus modestement d'explorer ce qu'il est aujourd'hui possible d'imaginer.

 

Du scénario à la consommation d'énergie

 

Pour déterminer la demande d'énergie correspondant à un scénario socio-économique, on associe à chaque usage ou activité, une consommation d'énergie spécifique (consommation d'essence d'une voiture par exemple).

 

Cette consommation est déterminée à partir de la connaissance des valeurs actuelles, du progrès technique attendu et de sa diffusion, des évolutions possibles dans le type de réponse au besoin correspondant (train remplaçant la voiture par exemple, ou l'inverse), et de l'application ou non de programmes d'efficacité énergétique modifiant soit les consommations spécifiques par l'utilisation de techniques plus performantes, soit l'usage lui-même (par exemple, la diminution de la consommation d'énergie pour le chauffage grâce à l'isolation des logements).

 

On peut ainsi "explorer" les effets d'une politique d'efficacité énergétique, ou d'une absence de politique, et en estimer les résultats sur une longue période.

 

De façon schématique, on peut associer à chaque scénario socio-économique deux scénarios d'efficacité énergétique plus ou moins forte, ce qui conduit à deux résultats contrastés sur la consommation future d'énergie.

 

L'exercice de prospective de la demande d'énergie ainsi réalisé a une double utilité :

 

·     présenter de façon analytique et pédagogique les évolutions de la demande d'énergie ainsi que les potentiels des politiques d'efficacité énergétique au niveau de la demande;

 

·     déterminer, selon des scénarios socio-économiques et des politiques contrastées d'efficacité énergétique, les besoins en produits énergétiques que le système de production d'énergie sera tenu de fournir, aux différents horizons temporels de l'exercice de prospective.

 

De la demande à l'offre d'énergie

 

La prospective de la fourniture d'énergie à partir des ressources primaires (ou "l'offre d'énergie", en réponse à la "demande d'énergie") s'effectue ensuite à partir de la consommation d'énergie obtenue dans chaque scénario.

 

Les besoins en combustibles, carburants, chaleur, électricité, se traduisent en besoin d'installations de transformation de l'énergie (centrales électriques, raffineries), d'infrastructures de transport (lignes électriques, oléoducs et gazoducs...) et, en bout de chaîne, en besoins de ressources primaires (charbon, pétrole, gaz naturel, ressources en énergies renouvelables ou en énergie nucléaire).

 

On peut ainsi calculer l'évolution, au cours du temps, des moyens nécessaires à la production d'énergie, évaluer les investissements nécessaires et comparer les consommations aux réserves disponibles. La prospective de l'offre accompagnant celle de la demande permet de comparer différentes combinaisons de mise en œuvre d'actions sur la demande d'énergie (programmes d'efficacité énergétique), et d'actions sur l'offre d'énergie (investissements de production, de transport et de transformation, importations ou exportations pour un pays, etc.).

 

La comparaison économique des différents scénarios d'offre et de demande ainsi décrits et évalués, doit être accompagnée d'une comparaison en termes d'impacts sur l'environnement : (amélioration ou détérioration).

 

 

Comment se présente l'avenir énergétique mondial à moyen et long terme ?

 

Les défis du long terme

 

Comment répondre au défi d'un développement durable et équitable pour les 9 à 11 milliards d'humains qui peupleront la planète en 2100, en leur fournissant les services énergétiques nécessaires, sans pour autant multiplier les risques globaux pour l'humanité ?

 

Comment, en particulier, faire face simultanément aux quatre principaux risques fortement liés à l'énergie qui présentent ce caractère de globalité pour l'humanité ? Ces risques ne sont pas indépendants les uns des autres.

 

Pour lutter contre le réchauffement du climat, on peut, par exemple, envisager de réduire le recours aux énergies fossiles. Une telle mesure repousse alors l'échéance de l'épuisement des ressources, en même temps qu'elle réduit les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement. Mais si, pour faire face aux besoins, on augmente considérablement le recours à l'énergie nucléaire et aux énergies renouvelables, on renforce d'autant les risques associés à l'énergie nucléaire et aux concurrences d'usage des sols.

 

Les conséquences de ces risques peuvent aussi se manifester sous forme de ruptures radicales: si la raréfaction des ressources fossiles est bien un phénomène continu, les principales difficultés ne naîtront pas tant de leur épuisement à long terme, prévisible, mais de tensions subites sur les marchés pétroliers, voire de conflits régionaux. Il en est de même pour la modification du climat.

 

Deux visions contrastées du futur énergétique

 

Quand on observe les visions prospectives que proposent les énergéticiens, on s'aperçoit qu'on peut les classer en deux grandes catégories qui correspondent à deux visions contrastées du développement : l'une considère que le développement est intimement lié à la croissance énergétique qui en est l'un de ses fondements; l'autre considère que les objectifs du développement sont bien distincts de ceux de la croissance énergétique et, qu'au contraire, la "sobriété énergétique" peut être un facteur positif du développement économique et social.

 

Les scénarios de développement par l'abondance énergétique

 

Les scénarios liés à la première catégorie proposent donc une vision de l'avenir, construite sur un modèle productiviste de "développement par l'abondance énergétique" avec des options contrastées de participation au bilan mondial des différentes sources d'énergie primaire.

 

Dans ce type de scénario, le développement économique est largement synonyme de développement de l'industrie productrice d'énergie. Ces scénarios admettent les risques comme inéluctables et se différencient par la diminution ou l'augmentation relative des risques liés aux différentes options concernant l'offre d'énergie.

 

Les plus connus de ces scénarios sont ceux du Conseil Mondial de l'Energie (CME), association qui regroupe les producteurs d'énergie d'une centaine de pays du monde. Tous les trois ans, le CME publie des prévisions sur l'évolution énergétique mondiale à divers horizons temporels. Elles sont fondées sur les projections démographiques des Nations Unies et sur des hypothèses de croissance économique par grande région du monde. A partir de ce cadrage démographique et économique, l'évolution énergétique (offre et demande) est estimée en se fondant sur les prévisions d'experts régionaux, la plupart du temps issus des entreprises productrices d'énergie.

 

Ces scénarios butent très vite sur de nombreuses contradictions : comment garantir un accès facile aux combustibles fossiles, si leur consommation s'accroît très vite et dans un contexte d'augmentation des inégalités économiques a priori peu favorable au développement des échanges mondiaux ? Comment faire face aux tensions environnementales qui pourront surgir en raison d'un recours élevé aux énergies fossiles ou de la multiplication des installations nucléaires et l'accumulation des déchets radioactifs, comme d'ailleurs d'une contribution massive de ressources renouvelables sans examen de leurs conséquences environnementales ? Beaucoup plus que dans leur rationalité, la force de ces scénarios réside dans leur adéquation avec l'idéologie dominante dans les milieux dirigeants qui reste fondamentalement productiviste, tout particulièrement dans le secteur de l'énergie.

 

Les scénarios de priorité à l'efficacité énergétique pour le développement

 

Les scénarios liés à la deuxième catégorie proposent un "développement par l'efficacité énergétique" qui rééquilibre les politiques énergétiques en accordant une priorité forte à la maîtrise de l'évolution de la demande d'énergie, en partant d'une analyse détaillée des besoins du développement en termes de services requérant de l'énergie.

 

L'étude la plus connue utilisant ce type d'approche à partir de la demande de services et en appliquant une stratégie systématique d'efficacité énergétique est celle présentée par une équipe internationale, composée du brésilien José Goldemberg, du suédois Thomas Johansson, de l'indien Amulya K. Reddy et de l'américain Robert Williams, publiée en 1987 dans l'ouvrage intitulé "Energy for a sustainable world" (publié en version française en 1990 sous le titre "Energie pour un monde vivable"). Les auteurs montraient qu'en appliquant à la consommation d'énergie les techniques les plus performantes alors disponibles, on pouvait parvenir à l'horizon 2020 à une réduction spectaculaire de la consommation énergétique mondiale, sans ralentir la croissance des pays du Nord et sans entraver le développement des pays du Sud. Démonstration était faite que l'avenir énergétique dépeint dans les prévisions conventionnelles n'avait rien d'inéluctable.

 

Elaboré en 1990 par Benjamin Dessus, le scénario NOE (Nouvelles Options Energétiques) relève de la même démarche. Il se distingue cependant de l'étude précédente par une inflexion plus lente des comportements énergétiques et par une prospective plus lointaine, jusqu'en 2100, horizon auquel les démographes annoncent une stabilisation de la population mondiale autour de 11 milliards d'habitants.

 

Les résultats

 

Vus du long terme, c'est d'abord par le volume de la demande d'énergie que se distinguent les scénarios étudiés. Dès 2050, le groupe des scénarios "d'abondance énergétique" aboutit à une consommation énergétique mondiale annuelle deux à trois fois supérieure à celle d'aujourd'hui (22 à 25 milliards de tonnes d'équivalent pétrole, contre 9,5 en 1997), tandis que le groupe des scénarios "sobres" aboutit à une consommation de 12 à 15 milliards de tep à la même époque.

 

Cinquante ans plus tard, en 2100, l'écart entre les deux catégories de scénarios est de l'ordre d'un facteur cinq.

 

Du point de vue des risques globaux cités plus haut, seuls les scénarios "sobres" apparaissent comme susceptibles d'éviter des ruptures majeures : les risques restent limités au moins jusqu'à l'horizon 2050.

 

Du point de vue économique, les scénarios sobres se comparent favorablement aux scénarios d'abondance énergétique : les coûts de production et de distribution d'énergie sont en effet bien souvent supérieurs aux coûts des mesures et actions d'efficacité énergétique et cet avantage est largement exploité dans ces scénarios.

 

L'avenir est ouvert

 

La réunion d'experts du monde entier et issus des différentes "écoles de pensée" de la prospective énergétique a permis au cours des années 90 de réaliser la synthèse entre les différentes visions des futurs énergétiques possibles aux horizons de 2050 et 2100.

 

Les travaux de l'IIASA (International Institute for Applied Systems Analysis) publiés en 1998 et utilisés depuis par le Conseil Mondial de l'Energie et l'étude réalisée sous l'égide des Nations Unies et intitulée "World Energy Assessment (WEA)", portant sur l'évaluation et la prospective de la situation énergétique mondiale, décrivent trois familles de scénarii qui répondent aux besoins énergétiques de la planète à ces horizons tout en empruntant des voies très différentes, aussi bien en ce qui concerne la consommation que la production d'énergie.

 

Ainsi, tandis que la consommation totale d'énergie primaire en 1990 était de 8,7 milliards de tep, les résultats des études prospectives indiquent, pour les trois scénarios, des consommations mondiales d'énergie primaire qui s'établissent :

 

·     en 2050 : à 25 milliards de tep dans le scénario le plus élevé, 20 milliards de tep dans le scénario moyen et 14 milliards de tep dans le scénario le plus bas (appelé "scénario respectueux de l'environnement);

 

·     en 2100 : respectivement à 45 milliards de tep, 35 milliards de tep et 21 milliards de tep.

 

On voit que les différences sont considérables, et que les décisions qui sont prises aujourd'hui sur les orientations des politiques énergétiques sont lourdes de conséquences pour le siècle qui vient.

 

Quels enseignements ?

 

Les réponses aux questions énergétiques à moyen et long terme qui se fondent uniquement sur le progrès technique appliqué aux technologies de l'offre d'énergie ne sont pas en mesure de répondre aux différents défis du développement, de la limitation des ressources et de la protection de l'environnement.

 

Il ne semble pas non plus acceptable de se reposer sur l'apparition hypothétique de ruptures technologiques majeures du côté de la production d'énergie pour résoudre l'ensemble des problèmes.

 

En fondant son développement économique sur une stratégie d'efficacité énergétique accompagnée d'une utilisation croissante des énergies renouvelables, l'humanité peut éviter, sans pour autant se ruiner (bien au contraire), le pari inacceptable de l'échange des risques les uns pour les autres ou celui de l'attente d'un miracle technologique qui résoudrait définitivement les problèmes énergétiques des habitants de la planète. La protection de l'environnement n'est pas synonyme de recul économique, et il n'y a pas d'opposition entre les notions de "développement" et de "durabilité" mais une profonde synergie.

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